Association citoyenne du pays de Château-Gontier sur Mayenne

Pensées saisonnières

Pensées saisonnières

Ce matin, en admirant le paysage qui se teinte d’ocre et de rouge je me suis dit : « C’est vrai, l’automne signifie avant toute chose qu’il y a une fin ». Comme les autres saisons vous me direz, et je vous répondrai que oui, bien sûr, mais pas que. 

En effet, le printemps est la fin de l’hiver, mais il porte aussi en lui l’idée du recommencement, de renouveau (le printemps arabe). « Je ressuscite au printemps» disent certains, et pas n’importe lesquels parfois. Pour les bouddhistes, la vie est un cycle de renaissances. 

L’été représente la maturité, puis la récolte (de blé pour les agriculteurs, d’énergie pour les vacanciers, les adorateurs de plage et les amoureux, d’argent pour les commerces touristiques).

Quant à l’hiver, il annonce le repos et le repli (sur soi, dans sa maison, dans sa tanière…), mais aussi la dépense des réserves accumulées (le chauffage, les cadeaux de Noël, les noisettes…). Mais c’ est bien plus. Situé entre l’automne et le printemps, c’est un entre-deux dans lequel il se passe beaucoup de choses, en secret. C’est ainsi un entre-deux de la graine à la plante, un instant où c’est encore la graine qui nourrit le germe avant que le pas vers l’extérieur, définitif, ne soit réalisé au printemps. L’hiver est donc aussi un temps de germination. Il peut être également un entre-deux pour l’esprit, entre les idées et l’action. Une période d’actions ralenties, en dormance et d’imaginaire en fusion. Bon, il faut relater un cas spécial. C’est le premier janvier où naissent parfois des avortons de bonnes idées qu’on appelle les bonnes résolutions. Mais bon, le premier de l’an n’étant pas en hiver sous d’autres latitudes cela rend mon exemple… hum… mauvais. 

Alors, la fin de quoi porte l’automne ? à part celle d’un amour qui n’en finit pas de mourir. De tout ce qu’on veut, mais à l’instar du poème, c’est souvent une métaphore de quelque chose qui met du temps à finir, parfois dans la beauté, mais pas toujours. Cela peut-être une agonie. 

Et du coup, cette idée d’agonie m’a fait revenir sur les réflexions engagées avec mes potes de l’association « aux actes citoyen-ne-s ». Et là, maintenant, je suis sûr que vous savez où je veux en venir. L’automne pourrait-il être métaphore de l’agonie de nombreuses démocraties actuellement ? C’est ce que nous ressentons avec force mais avec des difficultés à mettre des mots tellement le processus est insidieux. Certains, plus aguerris sur la question, et pas connus pour être des plus radicaux en parlent avec sérieux[1]. Une mort est annoncée, d’ici 10 à 20 ans. 

Déjà, une agonie, souvent, ce n’est pas drôle, mais là, l’agonie de la démocratie, c’est… Il n’y pas de mots. tout est gris et il fait froid. 

D’où une seconde réflexion, ou plutôt une question;  toujours ce matin, avec ces ocres et rouge dans le paysage, si beaux et pourtant inquiétants : Est-ce que nous sommes dans l’automne ou bien dans l’hiver des démocraties ?

Et bien osons-le ! Nous sommes dans son hiver. C’est déjà foutu. Mais, car il y a un mais, c’est un hiver porteur d’espoir, car un peu partout germent des graines de  défense de la démocratie ou d’invention de nouveaux processus démocratiques. 

Aussi, pour nous autres d’ « aux actes », la démocratie, c’est comme si c’était une partie de nous-même, personne ne pourra nous l’arracher sans risquer des dommages. C’est sûr, on va la défendre, mais pas n’importe comment, on en a déjà parlé, et ça ne fait que commencer. Mais pour la défendre, comment s’y prendre ? Comment faire pour en inventer de nouvelles formes ?  C’est à la fois simple et compliqué. Simple parce qu’en quelque sorte et d’un point de vue éthique, il suffit de s’y mettre. Compliqué parce que beaucoup ont ce bien commun enfoui, loin au fond d’eux-mêmes. Comment réveiller cette conscience démocratique ? C’est ce qui nous lie. Nous ne sommes que quelques-uns, mais nous savons, car nous sommes des humanistes que ce bien commun, issu de notre histoire, des lumières et qui est enfoui pourra et devra être réveillé. Il n’est plus possible aujourd’hui de laisser la défense de la démocratie aux seuls politiques. Les citoyens doivent retrouver un pouvoir d’agir, au moins dans leurs quartiers, leurs villes. Ils doivent quitter cette morosité ambiante qui offre sa part à l’asphyxie de la démocratie. Cette morosité, instillée par nous-même en nous-même par nos organisations hiérarchiques qui bloquent les expressions. Induite aussi par les médias de masse qui rabâchent sans cesse les mêmes histoires. Histoires ou soi-disant faits qui se veulent spectaculaires, alors qu’ils sont sans relief. Histoires qui se veulent révélatrices alors qu’elles n’ont rien à dire, sont sans sel, sans démons à vaincre et sans espoir d’une belle fin. Elles ne sont déjà plus humaines. Car cette morosité, lentement, se transforme en peur, puis malheureusement finit en repli sur soi, communautaire ou dans les addictions. Repli qui trop souvent fait naître le ressentiment puis la haine et c’est le retour de la bête en l’homme. 

Avec aux actes, nous voulons faire germer le « dire ce que l’on souhaite » puis le « nous nous écoutons » afin d’aller vers le « on imagine notre vie ensemble », voire le « on écrit ensemble le récit de notre histoire » . Ne plus subir, redonner du sens aux mots, retrouver un espace de créativité, de liberté de soi parmi les autres. Les projets, la chaleur des rencontres, plus que le repli ou le rejet sur l’autre des causes de nos malheurs. L’imagination et l’écoute de chacun plus que l’intelligence froide des décideurs. Voilà un beau projet ! et il va nous falloir plein d’idées et de l’énergie aussi. 

Citoyen-ne-s : aux actes ! 

NB : Ces ruminations peuvent être critiquées, oubliées, jetées… ou complétées, améliorées, adoubées. 

Franck pour Aux Actes Citoyen.ne.s !


[1] https://www.babelio.com/livres/Kaufmann-La-fin-de-la-democratie/1150013


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